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Vous  êtes ici : Accueil > Les chemins de pelerinage vers le Mont-Saint-Michel

par M. Henry DECAËNS

 

   Un récit du IXe siècle, la Revelatio ecclesiae sancti Michaelis, rapporte comment le culte de l'Archange a été introduit au Mont-Saint-Michel. Une nuit de l'an 708, saint Aubert, évêque d'Avranches, vit en songe saint Michel qui lui demandait de construire un sanctuaire en son honneur sur le rocher. Après avoir hésité, saint Aubert construisit une église qui devint, sans doute très rapidement, le siège d'un important pèlerinage. Le plus ancien pèlerin connu est un moine franc, nommé Bernard, qui au retour d'un voyage au Mont-Gargan, à Jérusalem et à Rome, en compagnie d'un moine italien et d'un Espagnol, se rendit seul au Mont vers 867-868. A la même époque, un certain Ratbert, originaire de Laon, fut miraculeusement frappé d'une infirmité après avoir battu à mort sa mère ; ayant reçu l'ordre de faire un pèlerinage pénitentiel, il se dirigea vers le Mont, puis gagna Rome et revint au Mont avant d'être finalement guéri de son infirmité en priant sur le tombeau de saint Frodobert près de Troyes. Dès cette époque, le mont était donc associé au plus grands centres de pèlerinage de la chrétienté médiévale : Jérusalem, Rome et le Mont-Gargan.

   En 966, la garde du sanctuaire a été confiée par le duc de Normandie Richard Ier à des moines bénédictins de Fontenelle (Saint-Wandrille) qui ont réussi à intensifier la dévotion en l'honneur de l'Archange. Au XIe siècle, encouragés par la multiplication des relations de miracles, les pèlerins étaient de plus en plus nombreux.

   A partir de 1025, soit près d'un siècle avant l'apparition des "chemins de Saint-Jacques", les pèlerins de saint Michel tracèrent à travers la France de l'Ouest un réseau très dense de routes convergeant vers le Mont ; on les appelait les "chemins montais" ou "chemins du Paradis". Sur ces routes, les pèlerins recevaient de la nourriture et trouvaient un gîte dans des hôpitaux ou des hospices ; les malades contagieux étaient accueillis dans des léproseries ou maladreries afin de ne pas contaminer ceux qui étaient sains. Le Mont attirait toutes les catégories sociales. Le pèlerinage a été accompli par les ducs de Normandie, par la plupart des rois de France, dont Saint Louis, Philippe le Bel, Louis XI et François Ier, et par les grands du royaume. Mais il était surtout le fait des gens de condition modeste et des enfants ; au XIVe siècle, on surnomma ces jeunes pèlerins les "pastoureaux", car les plus nombreux gardaient des troupeaux. Un proverbe souligne le caractère populaire du pèlerinage : "Les petits gueux vont au Mont-Saint-Michel, les grands à Saint-Jacques." Rien ne permet d'affirmer que le Mont-Saint-Michel et Saint-Jacques-de-Compostelle entretenaient des relations ; mais beaucoup de pèlerins du nord de l'Europe passaient par le Mont lorsqu'ils se rendaient en Galice. Ils arboraient la coquille qui est devenue le symbole de tous les pèlerins.

   Peu de textes donnent des chiffres permettant d'avoir une idée de l'affluence des pèlerins. On a toutefois quelques données pour le XIVe siècle, où le culte de l'Archange redoubla d'intensité. Un obituaire précise qu'en 1318 les pèlerins ont été si nombreux dans le sanctuaire que treize d'entre eux sont morts étouffés ! On sait aussi qu'en un an, entre le Ier août 1368 et le 25 juillet 1369, l'hôpital de la confrérie Saint-Jacques de Paris a hébergé 16.690 pèlerins qui se rendaient au Mont-Saint-Michel. Ce chiffre est impressionnant car la plupart des pèlerins étaient des Normands ou des Bretons qui ne passaient évidemment pas par Paris.

   La rédaction de nouveaux recueils de miracles encourageait d'ailleurs les pèlerins à gagner le Mont : un bébé de 21 jours se met à dire d'une voix assurée : "a mère, portez-moi au Mont-Saint-Michel" ; des enfants sans le sou dînent chez un aubergiste qui est payé miraculeusement ; une femme aveugle recouvre la vue...

   Au début du XVe siècle, à cause de la Guerre de Cent ans, le mouvement se ralentit un peu, sans s'interrompre toutefois ; les Anglais qui assiégeaient le Mont-Saint-Michel se contentaient de taxer les pèlerins souhaitant s'y rendre. La paix revenue, en 1450, le mouvement repris avec force car le prestige de l'Archange était accru par l'héroïque résistance du Mont aux attaques des Anglais. On note alors la présence de pèlerins des Pays-Bas, de Rhénanie et d'Alsace.

   Durant l'époque moderne, le culte de Saint Michel a connu un rayonnement plus modeste mais il a conservé une certaine vitalité jusqu'à la Révolution. Puis l'abbaye étant transformée en prison de 1793 à 1863, il fallut attendre 1865 pour assister à une renaissance des pèlerinages. De nos jours, bien que le Mont soit devenu un grand centre touristique, deux fêtes rassemblent encore beaucoup de pèlerins : un dimanche proche du 8 mai, où l'on fête la Saint-Michel de printemps, et le 29 septembre, jour de la Saint-Michel d'automne. Les pèlerins sont accueillis (...) par le recteur du sanctuaire paroissial qui est devenu à la fin du XIXe siècle le siège du centre de pèlerinage.

Henry DECAËNS

 

Henry DECAENS est directeur des publications à l'Université de Rouen, secrétaire de l'Association des Amis du Mont-Saint-Michel, et conférencier depuis de nombreuses années à l'Abbaye du Mont-Saint-Michel.
Qu'il soit ici vivement remercié de nous avoir autorisé à reproduire son article paru dans
Les Chemins de pèlerinages dans la Manche, Association Les Chemins du Mont-Saint-Michel, éd. Ouest-France, 1999.


Du même auteur :

La Belle Epoque au Mont-Saint-Michel, Rennes, 1985
L'Abécédaire du Mont-Saint-Michel
, éd. Flammarion, 1996
Le Mont-Saint-Michel
, Paris, CNMHS, éd. du Patrimoine, 1997
Promenades au Mont-Saint-Michel, éd. Zodiaque, 2002

  

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Dernière mise à jour : samedi 6/02/10

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